Ministre de l’Intérieur, diplomate et historien, Bernard Quintin se raconte à travers ses passions : le chant, Bruxelles, les voyages et les femmes qui ont marqué sa vie. Portrait d’un homme qui assume ses multiples facettes et est fier de sa belgitude.
Brel comme fil rouge
Le rendez-vous est fixé place dite Jacques Brel, en réalité la place la Vieille Halle aux Blés, à Bruxelles. « Ce n’est pas un secret : j’aime chanter, et j’aime chanter Brel », explique Bernard Quintin, qui, en 2015, a même monté son propre récital consacré au plus célèbre des chanteurs bruxellois. Pour lui, Brel est « le plus grand chanteur francophone de son époque », un artiste qui n’a « jamais renié sa belgitude » malgré sa carrière parisienne. Il nuance toutefois le mythe : certains textes, notamment sur les femmes, « ne sont plus de leur temps », mais restent, à ses yeux, de grandes chansons qu’il faut « regarder avec les yeux d’aujourd’hui ».
Le chant comme parcours d’apprentissage
Le rapport de Bernard Quintin au chant est aussi fait de revanche intime. « Enfant, à l’école, on me demandait de chanter en play-back parce que chantais faux. En réalité, je ne chantais pas faux, je ne chantais pas en rythme », sourit-il. Longtemps, il pense ne pas pouvoir chanter, simplement parce qu’on ne lui a jamais appris. À 25 ans, il rejoint une chorale lyrique. Sans formation musicale, il se présente comme ténor. Le chef de chœur le garde. « Il m’a dit : il y a beaucoup de travail, mais il y a quelque chose à faire avec cette voix. »
Pendant plusieurs années, il découvre la rigueur du chant classique. « Pour bien chanter, il faut être très concentré et en même temps très détendu ». Les exercices de respiration, la discipline, le travail sur lees partitions deviennent pour lui une école de la rigueur qui dépasse largement la musique. Aujourd’hui, Bernard Quintin chante moins, mais la passion est toujours là : « Je ne joue d’aucun instrument, c’est ma voix qui est l’instrument ».
Bruxelles, sa ville en mouvement
Bruxelles est un autre fil rouge de sa vie. Adolescent à Watermael-Boisfort, il descend en ville en voiture avec sa mère, à une époque où le centre n’est pas un lieu de promenade. Il a vu le cœur de la capitale se transformer, Saint-Géry renaître, la Grand-Place garder son statut de carte de visite du pays. Il aime rappeler que les façades datées de la fin du XVIIe siècle racontent déjà une histoire de destruction et de reconstruction.
Son regard sur la ville est sans nostalgie : « L’histoire, c’est une évolution ». Il refuse l’idée de figer Bruxelles dans un passé fantasmé. « Avec plus de 180 nationalités, la capitale doit apprendre à transformer cette diversité en force, par des choix politiques clairs en matière de mobilité, de propreté et de sécurité », dit-il.
Toutes les femmes de sa vie
Sa manière d’aborder ces enjeux doit beaucoup à son histoire personnelle. « J’ai grandi dans une famille de femmes », explique-t-il. Sa mère, sa bonne-maman, sa marraine lui montrent très tôt que le pouvoir ne se trouve pas toujours là où on le croit. « J’ai ainsi appris le sens de la résilience. La résilience, ce n’est pas la résignation. C’est faire face, prendre les choses en main, avancer parce qu’il le faut ».
Diplomate, il a beaucoup travaillé en Afrique. « Je partais toujours avec l’idée de revenir. Ce qui me manquait, ce n’était pas le ciel gris, mais une certaine facilité de contact humain propre à la Belgique, cette façon de créer des liens profonds très facilement ».
Le chant, Bruxelles, la famille, la diplomatie et la politique dessinent un parcours cohérent : celle d’un homme pour qui la discipline n’exclut pas l’émotion, et pour qui une chanson de Brel peut dire autant d’un pays qu’un long discours.

