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L'acteur

Karno, le développeur des réseaux de chaleur pour décarboner nos villes

Une chaleur sans une goutte de gaz ou de mazout. À Copenhague, 98 % des bâtiments sont chauffés par un réseau de chaleur. À Stockholm et à Vienne aussi, la chaleur circule en réseau, propre et compétitive, depuis des décennies. Grégory Meys, co-fondateur de Karno, est convaincu que la Belgique et le Luxembourg peuvent emprunter le même chemin — et il y travaille tous les jours en développant des réseaux de chaleur 100% décarbonés. Son objectif : utiliser les ressources énergétiques que nous avons sous nos pieds, dans nos cours d’eau, dans nos égouts, pour fournir une énergie compétitive — sans une goutte de combustible fossile.

« Karno, c’est du chaud et du froid 100% décarbonés »

Un réseau de chaleur, c’est au fond une idée très simple  : au lieu que chaque bâtiment ait sa propre chaudière, plusieurs bâtiments sont raccordés à une infrastructure commune qui produit la chaleur — et le froid — à partir de sources locales décarbonées, puis la distribue à travers des canalisations enterrées. Une seule infrastructure pour tout un quartier, toute une ville. 

« Karno, c’est un développeur de réseau de chaleur décarboné », résume Grégory Meys. « C’est une chaleur décarbonée car, pour la produire, nous n’utilisons pas d’énergies fossiles comme du gaz, du mazout ou du fuel ».

Le secret de la compétitivité tient en un mot : la complémentarité. « On connecte une école avec un quartier résidentiel », illustre Grégory Meys. « L’école consomme en journée, pas le matin, pas le soir, pas le week-end. Le quartier résidentiel consomme le matin, le soir et le week-end. Avec une même infrastructure énergétique, on répond à deux besoins. C’est comme ça qu’on arrive à rendre compétitive la chaleur décarbonée ».

Utiliser les ressources locales

L’autre pari de Karno est de produire cette chaleur uniquement à partir de ressources disponibles ici, sur le territoire belge ou luxembourgeois. « L’Europe envoie deux messages », explique Grégory Meys. « D’une part, il faut rendre la décarbonation la plus compétitive possible pour que le marché s’en saisisse. D’autre part, vu qu’on n’a pas de gaz ou de pétrole sur le territoire européen, nous devons utiliser d’autres types d’énergies en allant chercher sous nos pieds (la géothermie de surface ou profonde), dans nos cours d’eau et nos égouts, et surtout dans ce que notre activité économique rejette aujourd’hui dans le ciel : les chaleurs dites « fatales », celles qui s’échappent des groupes de froids, des data centers, des hôpitaux, des incinérateurs, des fours verriers etc.

«Toutes ces sources, nous pouvons les récupérer, les mettre dans un réseau de chaleur, les acheminer jusqu’aux consommateurs », poursuit Grégory Meys. « On collecte le tout dans une infrastructure énergétique, avant de transporter cette chaleur jusqu’aux consommateurs finaux. Nous profitons de la complémentarité des profils pour optimiser et rendre plus compétitifs les coûts d’investissement de l’infrastructure et les coûts opérationnels de la chaleur décarbonée ».

Ce modèle n’a rien d’utopique. Copenhague chauffe 98% de ses bâtiments de la sorte depuis plusieurs décennies. Paris, Stockholm, Helsinki, Vienne ont recours à ce système. La Belgique part avec du retard, mais elle a les mêmes atouts géographiques et industriels que ses voisins.

Huit réseaux en opération et  70 personnes mobilisées

Les réseaux de chaleur sont des infrastructures régulées dont les pouvoirs publics s’emparent progressivement. Aujourd’hui, les communes ont déjà l’obligation d’analyser comment décarboner la chaleur sur leur territoire. Les Régions commencent aussi à s’y intéresser afin de consolider l’indépendance énergétique belge.

Karno compte bien jouer un rôle  majeur dans ce cadre. L’entreprise représente aujourd’hui huit réseaux de chaleur en gestion et en exploitation, mais aussi huit en cours de construction  et une quinzaine en cours de développement. L’entreprise a signé une convention de trois ans avec la Banque européenne d’investissement (BEI), ce qui va lui permettre de structurer un portefeuille d’investissement de 82,5 millions d’euros dans les réseaux de chaleur belges et luxembourgeois.