Menu
Portrait

Gregor Freches : « L’apprentissage des langues est la base de mon parcours »

Ministre de la Culture, du Sport, du Tourisme, de la Jeunesse et des Médias de la Communauté germanophone, Gregor Freches nous reçoit à Malmedy, là où il a fait ses études secondaires. C’est le point de départ d’un parcours qui l’a conduit au gouvernement, sans jamais le détourner du terrain.

Malmedy, l’école du bilinguisme

C’est à Malmedy que Gregor Freches a choisi de nous recevoir. Un retour aux sources pour celui qui y a fréquenté durant six ans les bancs de l’enseignement secondaire, jusqu’à la fin de sa rhéto en 1980. Pour notre ministre germanophone, ce choix posé par ses parents a façonné une grande partie de son identité.

« Je suis très content d’avoir étudié ici. Cela m’a permis d’apprendre le français, de nouer des contacts et des amitiés avec des jeunes francophones. Mais cela m’a aussi familiarisé avec leur culture, qui est différente de la culture germanophone. J’ai eu la chance de pouvoir combiner les deux », confie-t-il.

À la maison, en effet, le français ne faisait pas partie du quotidien. « Nous étions une petite famille germanophone. Nous parlions le dialecte local, comme il en existe un peu partout en Wallonie ».

Cette immersion a élargi ses horizons. « Cela m’a donné un véritable esprit belge. J’ai appris le français, mais aussi le néerlandais. Plus tard, dans ma vie professionnelle comme dans ma carrière politique, cela m’a été très utile. Les langues facilitent naturellement les relations professionnelles, mais aussi les relations entre les cultures ».

De la gendarmerie à la politique

Avant d’être ministre, Gregor Freches a connu plusieurs vies professionnelles. À 18 ans, il entre à la gendarmerie. Il y restera de 1980 à 1989, dans une période marquée par des tensions sécuritaires majeures et par les évolutions progressives des forces de l’ordre.

« La gendarmerie m’a appris beaucoup de choses. J’y ai rencontré toutes les catégories sociales. Cela m’a donné une autre vision de la vie et une base qui me sert encore aujourd’hui. Au quotidien, cela m’aide à prendre des décisions. »

Après neuf années sous l’uniforme, il rejoint le secteur privé. Il travaille d’abord dans un magasin de meubles avant de devenir chef d’entreprise d’une marbrerie à Malmedy, fonction qu’il exercera durant onze ans. Un univers qui n’était pas complètement étranger à son histoire familiale : ses arrière-grands-parents, venus d’Autriche, avaient exploité une carrière de pierre bleue dans son village. Celle-ci est aujourd’hui devenue une grotte visitée chaque année par de nombreux touristes.

« Ce parcours m’a ramené, d’une certaine manière, vers le métier de mes ancêtres », sourit-il. Dans l’entreprise, il retient surtout la force du collectif : « J’ai appris qu’en équipe, on est toujours plus forts. Un responsable doit connaître le travail de ses collaborateurs. Quand on a appris soi-même un métier, on peut expliquer les choses avec les bons mots et comprendre plus facilement les réalités du terrain ».

Son engagement politique arrive relativement tard, même si cet univers l’a toujours intéressé. Membre de longue date, il s’engage plus directement à partir de 2014, après une rencontre avec Isabelle Weykmans et Kattrin Jadin, deux figures majeures du PFF, la branche germanophone du MR. Il est alors élu député au Parlement de la Communauté germanophone, devient chef de groupe, puis sénateur, tout en gardant une activité professionnelle à côté. « Je n’ai jamais eu le sentiment de faire uniquement de la politique. En Communauté germanophone, être député ne signifie pas nécessairement abandonner sa vie professionnelle ».

« Je donne ce conseil à tout le monde : apprenez les langues.

Elles facilitent la vie professionnelle, mais aussi les relations entre les cultures »

Ministre pour faire avancer son territoire

Devenu ministre en 2024, Gregor Freches assume aujourd’hui un portefeuille particulièrement vaste : culture, sport, jeunesse, tourisme, médias, patrimoine… « Au total, j’ai dix-neuf compétences à gérer. Je peux sortir d’une réunion sur la culture, entrer dans une réunion sur le sport, puis poursuivre sur la jeunesse ».

Pour lui, la politique doit avant tout être lisible et proche des citoyens. « Une décision bien communiquée ouvre la voie vers les perspectives que l’on veut créer. Trop souvent, les gens ne lisent qu’une phrase ou un titre. Il faut expliquer les décisions, rédiger des règles compréhensibles et transmettre une information correcte. C’est aussi une manière de lutter contre le populisme ».

À ceux qui connaissent encore peu la Communauté germanophone, le libéral adresse enfin un message de confiance. « Notre Communauté démontre que même une minorité a droit à sa place dans l’espace institutionnel. Un décret qui concerne 80 000 personnes est aussi important pour elles qu’un décret qui en concerne 11 millions. »