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L'acteur

Une coopérative qui redonne du sens à l’élevage local

Alliant bon sens économique, esprit d’équipe et innovation, la coopérative « En direct de mon élevage », dirigée par sept éleveurs et gérée au quotidien par Nicolas et Mathieu Perreaux, incarne une nouvelle façon de valoriser la viande bovine wallonne. Fondée par des éleveurs unis autour d’une vision claire — reprendre la maîtrise de leur filière — cette aventure humaine et économique illustre la liberté entrepreneuriale, la responsabilité partagée et l’attachement à l’économie locale d’une famille amoureuse de son terroir.

Une coopérative née d’une crise

« Tout est parti d’un moment de rupture », se souvient Nicolas Perreaux, responsable terrain de la coopérative. « En 2018, quand le leader du secteur Veviba s’est effondré, les éleveurs ont compris qu’ils devaient agir. En 48 heures, une centaine d’entre eux se sont réunis pour créer une structure qui leur appartienne, qui défende leur travail et leur savoir-faire ».

Cette crise a révélé un déséquilibre profond : des producteurs payés en dessous du prix rémunérateur, dépendant d’acteurs industriels. « En direct de mon élevage », né de cette urgence, a bâti son propre atelier de découpe à Perwez.

Transparence, qualité et liberté

L’esprit coopératif n’a rien d’un retour en arrière. « On a voulu quelque chose d’efficace, moderne, mais fidèle à nos valeurs », poursuit Nicolas. « Chaque éleveur reste indépendant, libre chez lui. Nous imposons seulement une alimentation raisonnée, sans soja importé, pour garantir une viande de qualité et un impact environnemental réduit ».

Ici, pas de modèle industriel intégré : les éleveurs participent à la commercialisation de leurs bêtes, négocient directement avec des boucheries ou des grandes surfaces et maîtrisent enfin leur prix de vente. «Notre force, c’est la transparence : chacun sait combien sa viande vaut, d’où elle vient et à qui elle profite ».

Un modèle économique qui respire

En quelques années, la coopérative s’est rapidement développée, avec près de 30 emplois équivalents temps plein et un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros. « On engage localement, on forme des jeunes, on crée de la valeur ici, pas à l’autre bout de l’Europe », insiste Nicolas. Une filière qui résiste aux crises, y compris celle de 2024, quand le prix de la viande bovine a bondi de 40 %.

« On ne demande pas que la viande soit bradée », explique-t-il. « On veut simplement un prix juste, qui permette à chacun de vivre de son travail. Un euro de plus au kilo, ça ravit les éleveurs et cela représente à peine une dizaine d’euros par an pour le consommateur ».

« Il faut des marchés publics intelligents »

Nicolas Perreaux a une idée claire de ce que les pouvoirs publics pourraient changer : « Nous n’attendons pas des subsides ou des planifications, mais des marchés publics intelligents. »

Il plaide pour que les cantines, hôpitaux et collectivités privilégient les producteurs belges. « C’est absurde que de la viande importée d’Europe de l’Est alimente nos institutions alors que nous créons de l’emploi chez nous. En orientant les marchés publics, on soutient l’économie réelle, celle qui fait vivre nos campagnes. Notre grande force c’est de pouvoir dire de quelle ferme vient notre viande. Par exemple, le Mercosur, je le vois plutôt comme une opportunité pour des systèmes comme les nôtres parce que ça permet de se démarquer. Si vous voulez de la viande pas chère, elle viendra probablement de loin. Par contre, si vous voulez de la viande plus qualitative, elle viendra d’ici. C’est aussi ça la responsabilité individuelle ».

Un partenariat famille-coopérative efficace

Derrière cette réussite, il y a aussi une histoire de famille. L’atelier est géré conjointement par la coopérative et Ardenne-Bovin, la société fondée par les parents de Nicolas et Mathieu. « C’est un équilibre sain : l’efficacité du privé au service du collectif ».

Ce modèle hybride, à la fois coopératif et entrepreneurial, séduit désormais les grandes surfaces, qui voient dans cette filière locale une garantie de qualité et une vraie traçabilité.